Quelles sont les promesses de l’UE, selon les Européens ?

Afin de comprendre comment les citoyens perçoivent l’UE et ce que l’idée européenne signifie pour eux, en particulier au lendemain de la crise économique et financière et en vue de définir une orientation stratégique pour l’avenir de l’UE, l’enquête qualitative Eurobaromètre « La promesse de l’UE »

Être européen : une réalité géographique partagée, une identité en devenir

Si pour les participants favorables à l’UE et neutres, être européen est bien plus qu’une question de géographie, un grand nombre des eurosceptiques en parlent quant à eux en termes purement géographiques.

Pour la plupart, l’attachement à leur nationalité est plus fort que leur sentiment d’appartenance à l’Europe. Cependant, les plus jeunes – qui sont plus susceptibles d’étudier et de voyager à l’étranger, et qui ont toujours connu l’UE et l’euro – sont ceux qui ont le plus de chances de se considérer comme des Européens dans le futur.

Caractéristiques associées à l’appartenance européenne les plus fréquemment citées :

  • La tolérance
  • La paix
  • La diversité
  • Une histoire partagée
  • La liberté de circulation et la suppression des frontières
  • La démocratie
  • Une monnaie unique
  • Des valeurs communes
  • Un niveau de vie plus élevé
  • Le respect des droits de l’homme

Depuis quelque temps l’Europe évoque plus les turbulences économiques que la paix.

Pour l’avenir de l’Europe, les Européens, envisagent un continent sur lequel les nations s’efforcent d’instaurer une communauté pacifique et de favoriser la coopération économique sans avoir à renoncer à une trop grande part de leur identité, de leur diversité ou de leurs intérêts nationaux.

Unité et intégration : les avantages de l’UE l’emportent sur les aspects négatifs, mais les avancées futures sont limitées

Aspects positifs de l’appartenance à l’UE :

  • Une stabilité économique accrue, la croissance et des retombées favorables
  • Le marché libre
  • La liberté de circulation
  • Une monnaie commune
  • Le fait de bénéficier de la protection de l’UE
  • Le fait de pouvoir être compétitif dans une économie mondialisée
  • Une intégration plus poussée et davantage d’échanges culturels, comme le programme Erasmus
  • Les financements européens

Aspects négatifs de l’appartenance à l’UE :

  • Des réglementations trop nombreuses, inefficace et s’ingérant dans des sujets qui devraient être réglementés au niveau national.
  • L’incapacité à limiter les importations des pays de l’UE qui produisent des biens de qualité médiocre.
  • La crainte, en particulier parmi les eurosceptiques, que l’ouverture des frontières ne se traduise par un afflux de citoyens venant d’autres pays de l’UE pour prendre les emplois, ou tirer profit de prestations sociales élevées sans jamais avoir l’intention d’apporter leur contribution à la société.

Domaines de coopération les plus fréquemment mentionnés :

  • Le traitement de la question des réfugiés et des immigrés internationaux
  • La coopération économique
  • Le renforcement de la surveillance bancaire et financière commune dans l’UE
  • Un marché du travail commun assorti de mécanismes de médiation européenne

Le concept d’une armée européenne suscite des réactions mitigées.

Pas d’enthousiaste à l’idée d’une fiscalité européenne.

Personne ne souhaite que l’UE poursuive son expansion à l’avenir.

La solidarité, notamment financière entre Etats, suscite des réactions variées.

L’UE et la démocratie : un souhait théorique de participer, réduit par la faible information

La plupart a voté aux élections européennes, mais estime aussi ne pas être suffisamment informés au sujet des élections, du Parlement européen ou des différents partis politiques.

Globalement, il aurait été judicieux de mettre davantage d’informations à la disposition des citoyens, sachant que ceux se sentant suffisamment informés sur les élections avaient trouvé par eux-mêmes des informations sur Internet.

Si la plupart n’a entendu parler ni des « dialogues avec les citoyens » ni de l’« initiative citoyenne européenne », ces deux concepts ont en général leur faveur.

Moyens suggérés pour l’UE de dialoguer avec les citoyens :

  • La création d’une plateforme pour donner son opinion sur différents sujets
  • L’organisation d’initiatives telles que des référendums
  • La participation à des enquêtes/votes en ligne

Le rôle des médias : des doutes quant à l’indépendance et l’objectivité des médias lorsqu’ils s’expriment sur l’UE, et un sentiment général que les médias ont tendance à dresser un tableau négatif de l’UE

Les citoyens obtiennent des informations sur l’UE auprès d’une grande variété de sources, les plus courantes étant les médias, Internet et les discussions avec des amis.

S’agissant de la question de savoir s’il existe une différence entre la manière dont les radiodiffuseurs de service public et les radiodiffuseurs commerciaux dépeignent l’Europe, les participants sont partagés.

Souhaits des Européens en matière d’information :

  • Davantage d’articles sur l’UE traitant de questions qui ont un impact sur leur vie quotidienne, comme l’éducation et le chômage
  • Des informations sur la manière dont l’UE est construite et sur ce qu’elle a réalisé
  • Des informations sur la manière dont les citoyens peuvent participer à l’UE
  • Davantage d’articles qui rendent compte de l’action de l’UE

Les informations doivent être accessibles et faciles à comprendre.

Au total, l’enquête sur les promesses de l’UE dresse un portrait de l’avenir de l’UE qui confirme que le souhait des Européens de vivre « une unité dans la diversité » est la chose la mieux partagée en Europe.

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La Commission européenne a-t-elle encore raté son rendez-vous avec les citoyens ?

Déjà que l’initiative citoyenne européenne en imposant de réunir en un an un million de signatures n’était pas un cadeau, les conditions imposées par la Commission européenne l’ont quasiment tuée. Sans une réforme en profondeur après trois ans d’existence, attendue le 1er avril 2015, le rendez-vous de la Commission européenne avec les citoyens est en état de mort clinique…

Le bilan sombre de l’initiative citoyenne européenne : querelles des chiffres, misère des volumes

Dans un rapport publié par le Parlement européen « Implementation of the European Citizens’ Initiative: the experience of the first three years », le bilan de l’initiative citoyenne européenne « apparaît mitigé », selon l’understatement usuel dans les institutions européennes.

Du côté du verre à moitié plein, l’accent est mis sur les 51 initiatives citoyennes européennes proposées à la Commission européenne et sur les 3 seules initiatives citoyennes européennes a avoir franchit la barrière du million de signatures.

Du côté du verre à moitié vide, la réalité impose de reconnaître que seules 46 initiatives citoyennes européennes n’ont été ni retirées ni rejetées par la Commission. D’un point de vue procédural, seules 2 initiatives citoyennes européennes ont été soumises en fin de parcours à la Commission : « Right2Water » et « One of us ».

Au total, le « track record » est dérisoire.

Non seulement à cause des conditions de collecte des signatures très contraignantes, mais surtout parce que la Commission a jusqu’à présent rejeté près de 40% de toutes les initiatives citoyennes européennes proposées avant qu’elles n’avaient même une chance de stimuler le débat public.

D’ailleurs, à ce jour, 5 organisateurs d’initiatives citoyennes européennes ont contesté le refus de la Commission devant la Cour de justice européenne, ce qui correspond à 25% de tous les rejets.

Ce qui à l’origine devait être un outil simple et convivial pour tous les citoyens s’est avéré être lourd et difficile à utiliser.

En refusant autant d’initiatives citoyennes européennes pour des raisons juridiques – un record pour une telle procédure à l’échelle du continent – la Commission européenne donne l’impression de vouloir limiter la liberté d’expression.

La réforme de la survie pour l’initiative citoyenne européenne

Lors d’un débat sur la future réforme de l’initiative citoyenne européenne jeudi 26 février 2015 au Parlement européen, des intentions et des pistes de réformes ont été esquissées.

Du côté des intentions, le premier Vice-président de la Commission européenne Frans Timmermans s’est déclaré personnellement investi pour trouver des solutions techniques et politiques.

I have a personal commitment to find innovative ways to overcome practical and political concerns people have on the #ECI. #EPHearingonECI

— Frans Timmermans (@TimmermansEU) February 26, 2015

Sur un plan technique, les propos, cités sur EU Observer, de Franciso Polo de change.org, la plateforme de pétitions en ligne la plus importante au monde, devraient baliser ce qu’il faut faire : « les gens signent lorsque c’est simple à faire, qu’ils le considèrent utile et qu’ils y voient des résultats ».

La question politique – au-delà de réduire l’âge légal à 16 ans, de monter la durée de collecte à 18 ou 24 mois, d’aider les organisateurs ou de renforcer la transparence, autant d’actions éminemment nécessaires – demeure fondamentale.

Les initiatives citoyennes européennes représentent-elles une nouvelle voie permettant aux citoyens – à l’égal des autres institutions européennes – de demander une nouvelle proposition de législation à la Commission, une sorte de révolution copernicienne que la Commission ne semble pas mesurer, voire souhaiter ; ou bien les initiatives citoyennes européennes ne sont-elles qu’un outil d’agenda setting permettant de soulever des questions de préoccupations pour les citoyens ?

Au total, du choix que feront les institutions de l’UE, entre une initiative citoyenne européenne entre une procédure inédite d’introduire de nouvelles législation ou un énième outil de démocratie délibérative sans suite, dépendra l’avenir d’un rendez-vous avec les citoyens pour l’instant raté.

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L’opinion publique européenne à la croisée des chemins

Les premiers résultats de l’enquête Eurobaromètre semestrielle de l’automne 2014 réalisée quelques semaines après la nomination de la nouvelle Commission européenne invitent à l’UE à transformer l’essai…

L’image de l’Union européenne continue de s’améliorer

Pour la première fois depuis 2011, les Européens ayant une image positive de l’UE (39%) dépassent ceux qui en ont une image neutre (37%).

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C’est la troisième fois d’affilée que l’image positive augmente (+1 point entre le printemps et l’automne 2013 ; +4 points entre l’automne 2013 et le printemps 2014).

La proportion de citoyens de l’UE ayant une image positive de l’UE augmente dans 23 pays.

La confiance dans l’Union européenne augmente

Pour la première fois depuis 2008, la confiance augmente dans l’Union européenne (37%, +6 points de pourcentage par rapport au printemps 2014).

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La confiance dans les gouvernements nationaux (29%, +2) et dans les parlements nationaux (30%, +2) est également en moindre hausse.

L’optimisme pour le futur de l’UE est stable

Une majorité des Européens déclare être optimiste (56%, stable). La tendance positive observée depuis 2013 se confirme.

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Dans 25 Etats membres, la majorité des Européens est optimiste pour le futur de l’UE. L’optimisme s’est renforcé dans 13 Etats membres et domine désormais au Royaume-Uni (49% contre 42%).

Ma voix compte un peu moins qu’à la veille des élections européennes

Certes, l’opinion que « ma voix compte » chez les Européens est toujours minoritaire et en léger recul (40%, -2 points) mais après la forte hausse liée aux élections européennes, cette opinion reste assez élevée : c’est la deuxième proportion la plus forte depuis 2004.

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De grandes disparités entre les pays se cachent : grosse perte de terrain au Portugal ou en France et fort gain en Roumanie ou en Irlande.

La citoyenneté européenne soulève des attentes fortes

Plus des deux tiers des Européens souhaiteraient en savoir plus sur leurs droits en tant que citoyens de l’UE.

Une opinion en progression de 6 points depuis 2014, qui représente la plus forte augmentation depuis 2010… lorsque la question a été introduite.

Au total, les indicateurs de soutien en faveur de l’Union européenne ont dans l’ensemble gagné du terrain. Les attentes des Européens semblent à la croisée des chemins. Soit les Européens trouvent les preuves de leur meilleure disposition vis-à-vis de l’UE, soit les espoirs sont déçus et sans doute alors pour longtemps…

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Bruxelles, lieu de pouvoir ? La preuve par le paysage médiatique bruxellois

La capitale européenne est-elle en train de devenir véritablement un carrefour d’influence, un centre décisionnel ? Ce ne sont pas les armées pléthoriques de lobbyistes ou le corps de presse efflanqués auprès de l’UE qui en apportent la preuve, mais de nouveaux acteurs dans le paysage médiatique bruxellois…

Enfin, avec Politico Europe un média d’investigation global sur la vie politique et les politiques publiques européennes

L’arrivée cette année de Politico Europe créé l’événement et représente tout un symbole.

L’événement : comment décrire autrement « the new kid in the block » avec ses 30 journalistes recrutés et ses 10 millions de dollars investis.

Le symbole : c’est la confirmation qu’il y a de la place pour un média d’investigation paneuropéen dédié à l’UE (à condition de racheter European Voice l’un des seuls médias aujourd’hui rentables…). C’est surtout la confirmation que la couverture des affaires européennes ne passe que par un modèle pour « happy few », puisque Politico aux USA est un média 100% politique de qualité, mais de niche.

Enfin, des médias décalés ou satiriques sur les coulisses et les arrières couloirs des allées du pouvoir bruxellois

La consécration de la scène bruxelloise comme véritable lieu de pouvoir se traduit, semble-t-il par l’émergence de médias en ligne satirique, portés par l’importance de Twitter dans la « brussels bubble » (cf. Le Monde « À Bruxelles, tu tweets ou tu meurs »).

Pour les médias satiriques, le modèle, c’est le blog Berlaymonster qui a imposé depuis longtemps son style et son humour ravageur, notamment sur Twitter @Berlaymonster. La prochaine étape ne saurait être autre chose que la sortie d’un média de type « Canard Ênchainé » pour faire circuler les bruits qui courent et dénoncer les abus et dérives.

Les compte parodiques des personnalités politiques européennes font également parties de la rançon d’un certain succès, par exemple :

Pour les médias décalés, la liste ne cesse de s’allonger entre le magazine en ligne sur les affaires européennes « the EU Bubble » qui n’hésite pas à proposer une rubrique d’un goût incertain « Sexiest MEP » ou le futur « Eurohand » qui réalise sur Twitter @eurohand_org un teasing remarquable.

Au total, Bruxelles ne sera pleinement un centre de pouvoir qu’à la condition d’accueillir également un paysage médiatique pluriel (couvrant différents types de presse) et pluraliste (représentant différentes opinions).

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Le plan d’investissement Juncker est-il la vaste de campagne de communication que l’UE n’a jamais fait ?

C’est l’institut Egmont avec une tribune de Fabian Willermain « The Juncker Commission Investment Plan – a communication campaign? » qui vend la mèche : « ce plan n’est pas tant un plan d’investissement qu’une campagne de marketing fantastique pour la Commission européenne en tant qu’acteur clé dans la relance de l’économie européenne »…

Le plan d’investissement un grand « plan comm » pour la Commission Juncker ?

La première phrase du document officiel de présentation du plan d’investissement y va sans détour : « L’Europe a besoin d’urgence d’un plan d’investissemment. ». N’aurait-elle pas tout autant, quitte à faire d’une pierre deux coups, besoin d’un plan de communication ?

Fabian Willermain n’hésite pas à mettre les pieds dans le plat après des développements sur le fond du plan d’investissement : le plan d’investissement de Juncker n’est-il pas, en fait (et avant tout ?) un impressionnant plan de communication stratégique ?

Il liste plusieurs arguments plaidant en sa faveur : « l’accent mis sur la publicité visuelle percutante et sur la disponibilité et l’ouverture de l’information (hashtag Twitter dédié, section du site Web personnalisé, vidéos bien illustrées, discussions dédiées sur LinkedIn et cartes explicatives interactifs) ».

Une campagne de pub pour l’UE à 100 milliards d’euros par an ?

La nouvelle direction est d’essayer de changer l’image de l’UE, non plus l’incarnation de l’austérité mais la promotrice de la prospérité pour les citoyens : un nouveau narratif que seules les nombreuses preuves apportées par les projets financés par le plan d’investissement permettraient de crédibiliser auprès du grand public pour restaurer la confiance.

D’ailleurs, s’il fallait encore une preuve de cette hypothèse déroutante, l’annonce dans les médias du plan d’investissement illustre que personne n’est dupe : entre la version soft (Le Monde) « C’est un véritable pari que fait Jean-Claude Juncker » et plus hard (La Tribune) « le coup de bluff du magicien Juncker ». Toutes les autres étapes seront-elles également l’occasion de feuilletonner le récit de la nouvelle action de la Commission européenne ?

Au total, l’investissement de la Commission européenne n’est-il pas d’abord dans une vraie campagne de promotion de l’action de l’UE, la première de cette envergure, à travers des cas pratiques concrets d’envergure ?

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