Vent d’optimisme de l’opinion publique européenne sur l’UE après les élections européennes

Les premiers résultats de l’Eurobaromètre standard 81 du printemps 2014 – réalisé entre le 31 mai et le 14 juin 2014, soit juste après le scrutin européen – sont connus depuis peu, et ils sont très positifs, un retournement…

Image améliorée de l’UE auprès des citoyens européens

Même si une majorité relative d’entre eux continue à avoir une image neutre de l’UE (38%, -1 point de pourcentage), les Européens sont plus nombreux aujourd’hui à en avoir une bonne image (35%, +4) et moins nombreux à en avoir une image négative (25%, -3) :

  • la plus importante évolution des opinions positives depuis l’enquête Eurobaromètre Standard du printemps 2007 ;
  • le plus important écart entre les opinions « positive » et « négative » depuis l’enquête Eurobaromètre Standard du printemps 2011 (EB75).

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Ma voix compte plus dans l’UE selon les citoyens européens

Là encore, l’évolution est très positive. Plus de quatre Européens sur dix estiment que leur voix compte dans l’UE (42%, +13 points de pourcentage depuis l’automne 2013) tandis que les citoyens européens qui pensent que leur voix ne compte pas reculent des deux tiers d’entre eux (66%), à un peu plus de la moitié (52%).

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L’analyse se montre mesurée en parlant de « conséquence probable des élections européennes qui se sont tenues juste avant le déroulement de l’enquête », cette amélioration est la plus importante jamais enregistrée. Les citoyens sont aujourd’hui plus nombreux à penser que leur voix compte dans l’UE qu’ils ne l’ont jamais été depuis 2004.

Futur optimiste de l’UE pour les citoyens européens

Dernier indicateur convergeant, l’optimisme à l’égard du futur de l’UE a gagné du terrain : plus de la moitié des Européens déclarent être optimistes (56%, +5), tandis que le pessimisme a reculé (38%, -5).

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Pour une fois, les Français ne sont pas classés parmi les peuples les plus pessimistes en Europe, qui regroupent la Grèce, Le Royaume-Uni et le Portugal – des pays qui sont dans une relation en tension avec l’UE en ce moment.

Citoyenneté européenne affirmée chez les Européens

Près des deux tiers des Européens ont le sentiment d’être des citoyens de l’UE (65%, +6), surtout grâce aux réponses enthousiastes « oui, tout à fait » (26%, +6) par rapport aux réponses modérées « oui, dans une certaine mesure » (39% ; 0).

Double résultat significatif, depuis que cette question est posée dans l’Eurobaromètre Standard du printemps 2010 (EB73) :

  • Pour la première fois, le sentiment de citoyenneté européenne atteint aujourd’hui son niveau le plus élevé ;
  • Pour la première fois, plus d’un quart des Européens répondent qu’ils se sentent « tout à fait » citoyens de l’UE.

Au total, sur tous les tableaux qui permettent de suivre les évolutions de l’opinion publique européenne à l’égard de l’UE (image, engagement, futur, citoyenneté), tous les clignotants sont au vert – une bonne nouvelle, assez rare, pour la communication de l’Union européenne.

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Que réserve le projet de budget 2015 pour la communication de l’UE ?

Avec une baisse connue de 1,4% par rapport à cette année (et une baisse des effectifs de 17 postes), le budget « Communication » (chapitre 16) de la Commission européenne s’établirait à 243 millions d’euros et 1 105 postes selon le projet de budget 2015…

Physionomie générale du budget : baisse de la promotion de la citoyenneté au profit des actions de communication

Le détail des montants (pp 249-251) entre les crédits d’engagement en amont et les crédits de paiement en aval est particulièrement instructif :

  • la ligne budgétaire la plus en recul : la promotion de la citoyenneté ;
  • la ligne budgétaire la plus en progrès : les actions de communication ;
  • quoique le budget soit à la baisse, les dépenses administratives (personnels, bâtiments, équipements) sont néanmoins en hausse et s’établissent à 129 millions d’euros soit 53% du budget total…

La promotion de la citoyenneté en net recul en 2015

Les crédits de paiement pour la promotion de la citoyenneté sont en franche baisse, passant de 27 à 17 millions d’euros, une baisse correspondant quasiment à une division par deux par rapport à il y a 2 ans.

Deux explications semblent justifier un tel recul :

  • D’une part, l’Année européenne des citoyens en 2013, prolongée plus ou moins officiellement en 2014, se termine pour de bon ;
  • D’autre part, le projet de mémoire et de participation civique à l’échelle de l’UE ne doit pas apporter les résultats attendus et se voit donc désinvesti.

Les actions de communication en progrès contrasté en 2015

Un chiasme s’observe entre 2014 et 2015 au niveau des crédits d’engagement et de paiement. Concrètement, le budget « réel » consacré aux actions de communication passe de 91 à 96 millions d’euros.

La lisibilité des actions de communication – au regard des récentes décisions – n’est pas d’une grande simplicité :

  • Quoique le financement à Presseurop ait été arrêté semble-t-il faute de moyens, la ligne budgétaire des « actions multimédia », notamment le soutien à Euronews est en hausse et atteint les 28 millions d’euros ;
  • Quoique la refonte du portail Europa vise à une cure d’amaigrissement du nombre de sites, le budget pour tout le numérique est en augmentation à 17 millions d’euros ;
  • Quoique les partenariats de gestion avec les Etats-membres aient été prématurément arrêtés en dépit d’une évaluation horizontale positive, la ligne budgétaire consacrée aux budgets des Représentations est à la hausse à 14 millions d’euros.

Quelques remarques au sujet de projets-pilotes ou d’initiatives :

Le projet-pilote « Share Europe Online » correspondant au réseau des community managers dans les 28 Etats-membres est malmené avec un investissement coupé en deux entre 2014 et 2015 ; passé les élections, le dialogue avec les citoyens apparaît bien moins prioritaire à la Commission européenne…

Le projet-pilote « New Narrative of Europe » qui visait à définir un nouveau positionnement au storytelling de l’UE, aura coûté la bagatelle de 1,3 million d’euros ; sans vraiment porter toutes ses espérances…

Le projet de maison de l’histoire européenne qui se pose comme la réponse au Parlamentarium pour accueillir les visiteurs à Bruxelles ne bénéficiera pas de tous les fonds initialement alloués, faute d’intérêt ou de succès ?

Au total, à l’image des ménages en Europe, dans le budget prévisionnel de la communication de l’UE en 2015 semblent de plus en plus peser les dépenses « contraintes » correspondant à des engagements de long terme laissant peu de place à des initiatives originales, tout le moins, pour le moment.

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Pourquoi Juncker doit nommer un(e) Commissaire, porte-parole de la Commission ?

Tandis que l’investiture officielle du Parlement européen est accordée à Jean-Claude Juncker pour former la future Commission européenne, la bataille pour les places de Commissaires ne fait que commencer. Parmi ses Commissaires, Jean-Claude Juncker devrait – il s’agit d’une proposition personnelle – créer un poste de porte-parole de la Commission. Pourquoi ?

Le contexte de la communication de l’UE : la parole européenne éclatée

Entre la période fondatrice de la Communauté européenne au début des années 1960 et aujourd’hui, c’est à la fois le paysage institutionnel de l’UE et l’horizon des médias qui ont été bouleversé, ce qui n’est évidemment pas sans conséquence sur qui parle au nom de l’Europe et comment.

Du côté de l’UE, le triangle institutionnel dominé par la Commission européenne a laissé place à un rééquilibrage, certes au profit du Parlement européen démocratiquement élu au suffrage universel depuis 1979 mais surtout au bénéfice du Conseil européen, la dernière institution arrivée.

Pour ce qui concerne les médias, il n’est pas nécessaire de revenir plus amplement sur l’explosion des chaînes de TV/radio ainsi que des titres de presse et a fortiori des sites Internet au cours des dernières décennies, même si une crise traverse plus ou moins brutalement les médias d’information.

Sous l’angle des porte-parole de l’UE, cela se traduit, à très grand trait, par une évolution de la prise de parole au détriment de la Commission européenne. En effet, c’est le passage du «  système Olivi », constitué selon Gilles Bastin par un petit monde de l’information européenne à Bruxelles frappé par une extrême porosité entre journalistes-correspondants auprès de l’UE et porte-parole des Commissaires qui s’expriment au nom du projet européen à la « voix de l’Europe » au nom des peuples européens, selon Luuk Van Middelaar, qui s’exprime lors des Conseils européens rassemblant les chefs d’Etat et de gouvernement et qui est entendue dans les médias.

Ces évolutions rendent ceux qui parlent au nom de l’Europe moins audibles en raison de leur propre multiplication (Conseil européen, Conseil de l’UE, Commission, Parlement) mais aussi de l’explosion des médias d’information qui tentent de capter l’attention des citoyens.

L’enjeu de la communication de l’UE aujourd’hui : rétablir la confiance, donc des preuves tangibles et une relation durable

L’époque du déficit démocratique entre des institutions européennes distantes et lointaines, et des citoyens globalement compréhensifs ou mollement revendicatifs que Margot Wallström tentait de résorber est révolue.

Aujourd’hui, la rupture est consommée. Les citoyens européens n’en sont plus à reprocher à l’UE d’être perfectible, mais l’accusent ouvertement pour l’absence de décisions ou l’orientation des décisions.

Pour la communication de l’UE, la priorité aujourd’hui c’est donc de rétablir la confiance, ce qui repose sur 2 conditions :

  • D’une part, apporter des preuves que l’Europe s’intéresse vraiment aux préoccupations des citoyens et que la Commission s’engage et agit vraiment pour eux ; sans preuve, c’est pas la peine de communiquer dans le contexte actuel ;
  • D’autre part, créer une relation régulière entre l’Europe et les citoyens, sans les détours d’expérimentations participatives qui ne sont pas à l’échelle ou de tiers « auto-entrepreneurs » de la cause de l’Europe trop minoritaires.

La mission de donner de la visibilité et de la lisibilité à la parole de l’UE est trop importante pour qu’elle soit efficacement et durablement menée autrement qu’en la confiant à un/une Commissaire, porte-parole de la Commission, comme dans la plupart des exécutifs en Europe.

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Quel est l’impact de la démocratie participative numérique sur le déficit démocratique de l’UE ?

Après 10 d’expérimentations numériques dans l’UE, Ferra Davesa analyse « l’impact des NTIC sur la gouvernance de l’UE » et affirme que la gouvernance participative est plutôt un instrument attractif de communication qu’une réelle procédure transformative…

Les mécanismes participatifs de l’UE, très contrôlés par les institutions européennes, n’ont pas d’impact transformatif sur la légitimation des politiques publiques européennes

Le déploiement de la gouvernance participative soulève des conflits d’intérêts potentiels entre les principes de bonne gouvernance.

En effet, en ouvrant les politiques publiques à la participation des citoyens, l’UE exprime son engagement à respecter certains principes tels que la transparence, l’ouverture et la responsabilité.

Cependant, d’autres principes, tels que l’efficacité ou la cohérence des politiques publiques peuvent entrer en tension avec la participation du public.

Résultats pour l’UE, la participation se doit de servir avant tout la qualité de l’élaboration des politiques publiques, ce qui ne peut pas se traduire par un processus permanent et ouvert de participation qui menacerait l’ensemble. Du coup, l’impact de la participation n’est pas transformatif sur la légitimation des politiques publiques européennes.

L’approche participative de la Commission européenne tend à légitimer ses propositions politiques contre celles des autres institutions de l’UE

Dans la dynamique de la gouvernance participative que la Commission européenne développe en incorporant le numérique, l’ambition vise à renforcer la légitimité de ses décisions et à donner la parole aux parties prenantes mais aussi à mettre l’accent sur la communication.

Cependant, l’approche repose sur le fait que les institutions européennes sont des intermédiaires privilégiés, c’est-à-dire qu’elles conservent non seulement la maîtrise sur les participants mais également sur l’impact de la délibération sur les politiques publiques.

Jusqu’à présent, la stratégie de l’UE n’est pas globale mais plutôt fondée sur des bases ad hoc : il n’y a pas d’approche commune à l’échelle de la Commission européenne sur la manière de mener ces consultations.

De plus, l’impact de ces mécanismes sur le processus dans son ensemble est contesté. Certains reprochent l’absence de transparence de ces expériences, constatant que seules une élite non représentative parvient à influencer les politiques européennes. D’autres estiment que ces expériences compromettent l’efficacité de l’élaboration des politiques européennes tandis que les plus virulents en viennent même à nier un quelconque impact significatif sur la responsabilité de l’UE.

La gouvernance participative mise en œuvre via le numérique a un impact plus important sur le développement d’un espace publique européen que les processus participatifs « offline »

Formulé dans la langue du numérique, l’UE souffre d’un déficit de connectivité, au sens où des publics émergents à une échelle micro n’ont pas les moyens de se connectés avec des publics forts à l’échelle macro de l’UE et inversement.

Avec l’avènement des technologies de communication numériques, de nouvelles opportunités ont été créées pour développer un véritable espace public européen qui surmonte les limites de la communication traditionnelle.

En faisant fi des contraintes géographiques, culturelles ou matérielles des mobilisations traditionnelles transnationales, le potentiel du numérique pour créer des liens entre les citoyens et les institutions européennes est plus important que toute autre mécanisme participatif « offline ».

L’émergence du web 2.0 et ses effets soulèvent de multiple et innovante possibilité pour faciliter le dialogue entre les sphères des citoyens et des gouvernantes. Sous l’angle du déficit démocratique de l’UE, le numérique est un canal majeur pour réduire le « malaise » dans la légitimité de l’UE.

Au total, dans quelle mesure le numérique, par sa capacité à transformer les mécanismes de politiques publiques de l’UE et à déterminer le contenu des législations de l’UE, contribue-t-il à générer un « discours sur les discours » ?

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Quelles leçons pour la campagne de communication du Parlement européen sur les élections européennes ?

En attendant le bilan de l’institution, la campagne de communication du Parlement européen pour les élections européennes semble fixer de nouveaux précédents – notamment la plus grande porosité entre communication institutionnelle et communication politique et la prégnance des médias sociaux – qu’il convient d’évaluer.

Une stratégie de communication autour des Spitzenkandidaten institutionnellement risquée mais politiquement gagnante

Véritable génie ou apprenti sorcier, chacun jugera du choix stratégique de la campagne de communication du Parlement européen de mettre en avant la nouveauté du scrutin de 2014 au niveau des « grands candidats », têtes de liste des partis politiques européens en campagne pour le poste de président de la Commission européenne.

Bien au-delà des missions normalement dévolues à la communication pédagogique de l’institution parlementaire européenne lors des élections européennes, le Parlement européen s’est saisi d’une matière très politique pour sensibiliser les électeurs à l’importance du scrutin de 2014.

Sans la conviction de Martin Schulz, rien n’aurait été possible. Le président du Parlement européen, suivi par les principaux groupes politiques de l’institution, a milité pour que les futurs « Spitzenkandidaten » façonnent la future campagne électorale et pesé dans l’évolution « parlementariste/démocratique » de l’UE donnant aux électeurs la possibilité de participer au choix du Conseil européen des chefs d’Etats et de gouvernements au point que la tête de liste du premier groupe politique leur ait été imposé comme futur titulaire de l’exécutif européen.

Mais fallait-il que l’institution, théoriquement neutre, s’engage à ce point à travers la campagne de communication « cette fois, c’est différent » dans le jeu politique entre les institutions européennes ? Ou plus précisément fallait-il que l’engagement de l’institution se traduise par l’instrumentalisation de la campagne de communication qui est normalement censée lutter contre l’abstention et qui s’est transformée en promotion d’une orientation politique manifestement à son propre bénéfice ?

Evidemment, si la réponse doit se trouver dans les résultats obtenus, alors le succès de l’opération justifie que le Parlement européen ait déjoué les règles à son avantage avec brio. S’agit-il d’un précédent qui s’imposera de nouveau à la campagne de communication du Parlement européen lors de la prochaine échéance électorale ?

Un déploiement des actions de communication moyennement convaincant

En revanche, le matériel de la campagne de communication, et surtout le slogan « Agir. Réagir. Accomplir. » doivent être sévèrement jugés à l’aune du franc succès stratégique : désarticulés par rapport au message de fond sur la nouveauté du scrutin de 2014 et globalement très sombres alors qu’un message sobre et sérieux aurait tout aussi bien pu se traduire par une charte graphique plus humaine et joviale.

En outre, sans entrer trop dans les détails, le séquençage de la campagne ne semble pas avoir été pleinement optimisé, ce qui a donné l’impression que beaucoup avait été fait très en amont dès 2013 laissant peu de moyens pour le temps fort de la fin de campagne mi mai 2014.

De même, le choix des canaux de diffusion – et la prégnance des médias sociaux à la fois revendiquée et constatée au fil de la campagne – laisse à penser que le Parlement européen, soucieux de son image en ligne, a peut-être surinvesti les médias sociaux, dont l’impact sur les citoyens dans le cadre d’une mobilisation électorale reste encore incertain.

Enfin, la démonstration ne semble pas apportée que le Parlement européen en assumant seul la charge de la communication sur les élections européennes ait été plus efficace et « impactant » que s’il avait agit de concert avec les autres institutions européennes, et les Etats-membres, dans le cadre des partenariats notamment. A l’heure où la mutualisation des moyens dans les administrations publiques devient une nécessité en période d’austérité budgétaire, l’exemple n’a pas été donné.

Au total, le bilan de la campagne de communication du Parlement européen est contrasté entre un franc succès stratégique en participant à imposer les Spitzenkandidaten et des interrogations sur le déploiement, le choix du slogan et des supports.

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